lundi 14 décembre 2015

Le Ladakh, à l'envers et contre tout

Nous sommes mi-décembre. A Katmandou, l'hiver s'installe tranquillement. Je reprends l'écriture du blog, interrompue parce qu'il m'aura fallu prendre un peu de recul sur le mois de septembre ladakhi, et aussi parce que le fascinant automne népalais ne m'a ensuite laissé aucun repos.
C'est donc reparti, avec des photos baignées de soleil, de montagnes et de drapeaux multicolores.


En ce début septembre, me voici donc arrivé à Leh, petite capitale du Ladakh, à l'extrême nord-ouest de l'Inde, où je me rends pour la 3e fois après 2008 et 2012. Leh se situe à 3500m d'altitude, au beau milieu d'un immense plateau aride où il ne pleut (et neige) que très peu. La population y est essentiellement bouddhiste, mais on trouve des ilots musulmans vers le Cachemire à l'ouest ou hindous sur les contreforts sud.

Par sa culture et ses paysages, le Ladakh est nettement plus proche du Tibet que de l'Inde.



Notez que "La" signifie "col" en tibétain.


La Shanti Stupa surplombe Leh et la vallée de l'Indus
Après quelques jours d'acclimatation à Leh, je débute la randonnée à quelques encablures de Kanji, pour réaliser une traversée Kanji-Padum. Même si je prévois de passer quelques nuits dans les villages, j'emporte ma tente et tout mon matériel, le sac pèse donc entre 20kg et 25kg. De bonne augure pour passer des cols à plus de 5000m !

Pas de doute, je suis à 12km de Kanji.

Kanji et les champs environnants.

Kanji, au lever du soleil. Au fond, le Kanji La.

La petite dame qui tient le camping de Kanji.

Le lendemain, je pars pour mon premier col, le Yogma La (4700m), sous un soleil éclatant, qui ne m'a jamais quitté depuis.

Petite bergerie au-dessus de Kanji

Le col se passe sans réelle difficulté. On y voit parfaitement l'itinéraire du lendemain avec le Sniuguste La au fond à gauche de la photo. Le soir, je bivouaquerai dans le creux situé en bas à gauche de la photo.

Du Yogma La (4700m)

Le Sniuguste La (5140m), second col de l'itinéraire, est plus compliqué car assez longtemps hors sentier et surtout plus haut. Je le passerai plus laborieusement, petite nausée en prime en haut, et sur la première heure de la descente. Rien de bien méchant néanmoins, l'acclimatation se termine.

En vue du Sniuguste La. Mais les 200 derniers mètres qu'on voit ici seront bien durs !

Du col, la vue sur la vallée suivante est saisissante. Les couleurs sont somptueuses.

Vue du Sniuguste La (5140m)

Le désert ladakhi dans toute sa splendeur.



Quelques heures après le col, on arrive au splendide village de Photokstar, niché au pied d'une falaise et entouré de champs.


Le village de Photokstar

J'y rencontre Marco, un italien qui voyage une année sur deux depuis dix ans, l'autre étant consacrée au travail afin de glaner quelques sous.
Un personnage hors du commun comme on en rencontre peu. Fasciné par les gens de l'Himalaya, il arpente sans relâche les sentiers indiens avec son petit carnet, notant les noms de toutes les personnes qu'il rencontre afin de tisser des liens de village en village.

Nous marcherons quelques jours ensemble, nous croisant et re-croisant jusqu'à Padum. Belles discussions. Beaux moments.



Marco, haut en couleurs, ici à Photokstar.

Premier yak de mon périple himalayen, sous le Bhumiktse La


A tous les cols, ponts, sommets... Les bouddhistes placent des drapeaux à prières multicolores que l'on retrouve donc partout à travers l'Himalaya. Ici au Bhumiktse La, entre Photokstar et Lingshed.

Vue du Bhumiktse La (4428m). Au fond, le Singge La (4973m), que nous franchirons l'après-midi

Splendeur sortie du désert

Route panoramique
La journée entre Photokstar et Lingshed est longue (deux cols d'altitude) mais agrémentée de tons et de lumières fantastiques.

Herbes, douces bosses, ombres... soleil, bien sûr, comme d'habitude, comme tous les jours.

Gongma se dévoile.
Avec Marco, nous passerons une excellente soirée à Gongma, en compagnie de nos hôtes ladakhi.

Chapeau ladakhi

Toujours le sourire de Marco

Nos deux hôtes
Pour la petite journée du lendemain, les mêmes courbes que la veille nous accompagnent.


La pluie n'est pas pour aujourd'hui.

Dans une immense vallée, l'exceptionnel village de Lingshed apparait.

Lingshed, le village suspendu. En haut, son monastère.

Lingshed, et ses traditionnels champs environnants.

Le Ladakh et toutes les vallées d'altitude environnantes (Spiti, Zanskar, Lahaul...) constituent un lieu unique par son isolement. Il n'y a aucune grande ville dans tout cet ensemble, et l'arrivée progressive de la route vers tous les villages ne change pour l'instant qu'assez peu le mode de vie local. Quasiment tous les habitants des villages sont fermiers et cultivent au rythme des saisons la nourriture qu'ils consommeront dans l'année (il y a une part d'achats mais qui reste limitée). Le tourisme est un revenu non négligeable pour nombre d'entre eux (muletiers, guides, homestays) mais la saison se limite aux deux mois de l'été.

Le Gompa (monastère) de Lingshed

Nuage typique du Ladakh. Ne fait pas peur.

D'un petit sommet au-dessus du col surplombant Lingshed (Hanuma La, 4750m), on distingue la crête principale du Grand Himalaya, plus au sud. On y voit quelques glaciers, relativement modestes à cause du faible enneigement de la région. Cette crête avoisine les 6000m.


Vallée typique du Ladakh. Nuages typiques du Ladakh. Arbres typiques du Ladakh.
Le lendemain de la halte à Lingshed, la vallée du Zanskar se dévoile à nous.


Immense vallée...


Désertique vallée...


A une journée de Padum, au coeur de cette vallée du Zanskar, j'arrive au petit village de Pidmo, à 3700m d'altitude. Il s'avère que le lendemain, la journée des villageois sera consacrée au rapatriement des herbes des champs vers le village. N'étant pas spécialement pressé (les vacances se terminent dans 9 mois...), et pour mettre à contribution mes hautes compétences en agriculture, je propose mon aide à un habitant.
Sa famille m'hébergera donc deux nuits et je partagerai avec eux une belle et difficile journée de portage.

Village de Pidmo

Pidmo et les foins...

La grand-mère de ma famille d'accueil

Ca commence à être un peu rangé.

Le fils de ma famille d'accueil

Reconversion réussie (1 journée)

L'accueil des habitants de Pidmo fut simple, splendide.

La journée suivante, je prends une jeep pour arriver à Padum, (petite) capitale du Zanskar (3000 habitants, 3500m d'altitude). Un gros village sans charme, mais nous sommes au Ladakh, on s'y sent donc, comme partout, totalement bien.

La rue principale de Padum

Je décide ensuite de partir relier Udaipur en 6 jours via le Kang La, col glaciaire à 5450m, pour une randonnée nettement plus sauvage que la précédente.

La vallée sauvage qui monte au Kang La. Le rouge domine, l'automne arrive.

Rouge feu.

La langue glacière qui descend du col débute (se termine en fait ;-) aux alentours de 5000m. Le col, lui, est au fond, bien distinct.

Champignons de glace et de roches. 

A l'approche du col (qui est sur la droite, on ne le voit pas sur la photo).

La vue du Kang La est évidemment somptueuse, on est entouré de sommets vertigineux à perte de vue.

Panorama exceptionnel du Kang La, à 5450m

Directement sous le col, la vue est plus originale, mais porte moins loin.

A 5445m, 5m trop bas
...
...
Il a neigé pendant ces trois longues journées à 5445m. Les montagnes se sont recouvertes d'un fin et beau manteau neigeux.

Le soleil réapparu et le lointain horizon retrouvé, voici pour finir quelques photos du retour en jeep de Padum à Leh, dans cette ambiance pré-hivernale.

Vallée de Padum, après les chutes de neige

Col routier entre Padum et Kargil. On dirait les Alpes en février !

La piste passe par le hameau de Rangdum, une des merveilles du Zanskar.

Rangdum, bourgade minérale 

Rangdum, encore.

Rangdum, toujours.

Rangdum, désolée et magnifique.

Peu avant Kargil, la piste arrive aux pieds des deux géants du Cachemire, le Kun et le Nun, sublimes et tout de blanc vêtus en cette fin septembre.

Le Nun (7135m) et le Kun (7077m), les plus hauts sommets du Cachemire indien.

Nous sommes début octobre et il n'était pas l'heure ; mais le Népal c'est pourtant pour maintenant.
Alors, en avant !

samedi 29 août 2015

L'île de Kodiak

  
Après la grande randonnée de l'Alatna et quelques jours de repos bien mérités à siroter quelques bières à Fairbanks autour de feux de camp quotidiens dans l'éternelle auberge de Sven, le temps est venu de repartir pour une dernière petite aventure.

La météo s'annonce belle dans le sud... Allons donc dans le sud, sur l'île de Kodiak (300km au sud d'Anchorage), qui héberge les plus gros ours du monde.
L'île s'étale sur environ 100km et compte une seule ville (Kodiak) de 13000 habitants ainsi que 5 villages isolés. A part cela, des montagnes, des fjords, des ours et des gros poissons.

J'y ferai une randonnée de 4 jours à travers des paysages qui ont une ressemblance marquée avec ceux des îles Lofoten, en Norvège.
Celle-ci s'avèrera ardue, car la végétation au niveau de la mer est très dense. Quelques beaux paysages malgré tout, sous un soleil omniprésent.

Des montagnes, l'océan, du soleil...

Petite sieste sur la crête

Une fois redescendu dans la vallée, au pays des ours.

Le delta de la rivière juste avant l'océan

La randonné se termine au village Alutiiq de Old Harbour, 200 habitants, dans lequel je resterai deux jours.
L'accueil ne sera pas celui de Allakaket, les gens étant ici assez peu intéressés pas ma présence (à raison ;-). J'y passe néanmoins du bon temps, au bord du fjord, à lire ou à me promener aux alentours.

L'église orthodoxe de Old Harbour.
Il est aussi intéressant de visiter un second village "native", après celui de Allakaket, similaire par les habitants, mais dans un environnement totalement opposé (montagne / mer, nord / sud).
J'aime de plus en plus ces villages isolés, uniquement reliés par petit avion (ou bateau). On y a quasiment quitté les Etats-Unis pour un autre monde, on y est avec des gens en harmonie avec leur environnement naturel (tous chasseurs à Allakaket, tous pêcheurs ici). Ils sont partie prenante des paysages que nous admirons autour.

Le village de Old Harbour (même si certains indices laissent penser que c'est Hollywood).
Le deuxième soir, Wilem, un habitant de Old Harbour, m'invite à manger chez lui. Nous discutons, regardons la télévision. Bon moment de partage.

Wilem, chez lui.

Le soir, au bord du fjord de Old Harbour.
Je retourne ensuite à Kodiak (ville) par le petit avion et y passe deux jours à me promener. Kodiak est le deuxième plus gros port de pêche des Etats-Unis, les saumons sautent partout, c'est le paradis des pêcheurs. La ville est par ailleurs fort charmante.

Tous les soirs, les habitants vont au bord des petites rivières environnant la ville pour pêcher les saumons qui les remontent par centaines en été.
Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls : les deux soirs où j'irai observer la pêche, deux ours pêcheront eux-aussi (15 gros saumons pour leur repas...), à 100m de nous, pendant 1h, en parfaite harmonie. Superbe de les observer ainsi, la nature est aux portes de la ville.

Les pêcheurs, à deux pas de Kodiak, à côté des ours (pas sur la photo...).

Ces mêmes pêcheurs, en bord de mer.

L'aventure en Alaska se termine donc par cette petite escapade à Kodiak et quelques jours jours tranquilles à Anchorage où je retrouve pour un temps mes activités maison (cinéma, lecture, course à pieds), ce qui est fort agréable.

Mise à part la petite déception vécue dans le Kenai au début, ces 75 jours m'auront permis de retourner dans "mes" Brooks, dans le nord, avec du temps, pour y vivre une belle aventure d'un mois et visiter une autre partie de ce si beau massif.
J'y ai aussi découvert le sud de l'état, Kodiak donc, mais aussi d'autres lieux imaginés au fil des cartes, qui seront à explorer lors d'un prochain voyage : Katmai, les îles aléoutiennes, le parc national de Wrangell St Elias.
Et la randonnée au Denali, si belle, avec la sympathique compagnie de Camille.

Il me reste beaucoup à découvrir en Alaska, et y retourner donne à chaque fois l'envie de creuser un petit peu plus. Ce que je n'avais pas senti lors de mon précédent voyage, c'est l'importance (et le bonheur !) de mieux connaitre les populations "natives", leurs villages isolés si magnifiques et leur culture toujours si forte aujourd'hui. Car aimer le paysage alaskien passe aussi par aimer ceux qui l'habitent si profondément. Un futur voyage dédié à ces rencontres commence déjà à germer.

Mais nous n'en sommes pas encore là. En cette fin août, le ciel a retrouvé ses étoiles, les nuits deviennent fraîches,... L'été s'éteint doucement. Demain, je dirai By-bye à l'Alaska (mais à très bientôt...) !

Drapeau de l'Alaska
Un petit passage à Paris pour quelques jours...


Et le voyage continue... Plus à l'est, plus haut, bien plus haut, pour 9 mois. 
Il commencera au Ladakh, en Inde. Namaste Himalaya !